Non à la guerre, Non à la dictature.

Réflexions et points de vue sur la guerre contre l'Irak 

par Salah Al Hamdani

Invité de la semaine du journal l’Humanité

du 21 au 25 octobre 2002

 

تنويه:

هذه المقالات نشرت قبل سقوط الدكتاتورية الفاشية في العراق !

لا للحرب لا للدكتاتورية

مقالات كتبها صلاح الحمداني باللغة الفرنسية قبل وقوع الحرب على العراق

وذلك بمناسبة دعوته [ضيف الأسبوع] في صحيفة الحزب الشيوعي الفرنسي "ليمانيته L'Humanité]

وذلك خلال فترة أسبوع 21 ـ 25 أكتوبر 2002

 

(1)  Article écrit le lundi 21 octobre 2002

 

Invité de la semaine du journal l’Humanité

 

Salah Al Hamdani

Poète et homme de théâtre

d’origine irakienne, opposant à la dictature de Saddam Hussein

 

 

L’hôte du hasard*

 

J’ai connu des matinées tuméfiées

Seul témoin de mon cri.

Je me mords de vengeance

D’avoir vu.

Habitude,

Ce jour ne sera peut-être plus.

Ils m’ont conduit,

Là où ne fleurissent que les morts.

Toi, je voulais te guider sur une terre désertée de guerres.

Mais qu’importe mes mots

Où se défait l’incantation de l’écriture ?(…)

Alors qu’importe ma parole sur l’habitude de la mer

Ou sur mon voilier qui nage dans le désert

A force de contempler sa vie,

On arrive par bien voir l’infini

Creuse ma belle, et veille

Car personne ne peut corriger le vide.

 

Comment prendre position par rapport à l’actualité concernant une éventuelle guerre en Irak ? Que dire quand on est une victime restée dans l’oubli pendant trente ans d’une dictature sanglante comme celle de Saddam Hussein, treize ans d’embargo et deux guerres ? Le peuple irakien y a enterré plus d’un million de morts et autant de mutilés. Il faut ajouter à cela cinq millions d’exilés politiques, ethniques ou économiques. Des questions auxquelles l’opposition irakienne doit répondre. Je donnerai mon point de vue d’irakien qui a connu les prisons du régime baasiste en Irak puis l’exil.

Par où commencer ? Quand un exilé irakien vous parle de Saddam Hussein et de son régime, il ne s’agit pas d’une simple conversation politique. Il parle de ce qu’il connaît dans sa chair. Avec ses atrocités, Saddam n’a épargné du deuil aucune mère de famille en Irak. On pourrait dire que, dans la société irakienne, il a tiré à bout portant sur la culture, sur les vestiges de la Mésopotamie et sur l’Irak moderne avec la complicité des Etats-Unis. Depuis son arrivée au pouvoir, il représente à l’étranger le nouveau visage de l’Irak comme si le peuple n’existait pas. Sa mégalomanie l’amène à se prendre de plus pour le guide suprême du monde arabe. Il a multiplié ses résidences luxueuses et ses statues et portraits sont omniprésents. Les mutilations et assassinats sur simple dénonciation sont quotidiens. Comment s’étonner dans ce contexte de sa réélection le 15 octobre dernier à 100% de participation et de vote en sa faveur !

Malgré cela, je trouve malsain d’affirmer que l’intervention militaire des Etats-Unis contre l’Irak est bénéfique pour le peuple irakien, comme certains irakiens en exil, sans doute désespérés, voudraient nous le faire croire ! Il faut parler de toute urgence mais il convient d’éviter quelques malentendus. Il faut se remettre en question quand l’horizon des hommes prend feu, pour chérir la terre des hommes jusqu’à l’argile.

Parfois je ne me prive pas de dire de la politique des Etats-Unis : C’est de la merde ! Que veut-on nous faire croire alors que le sang des indiens d’Amérique n’a pas encore séché, que le sang des victimes d’Hiroshima, celui des victimes des deux dernières guerres avec l’Iran et le Koweït est encore frais, et que voilà encore le sang des Palestiniens, des Israéliens, des Somaliens et des Afghans, etc…Ces tragédies ne sont-elles pas aussi le résultat de la politique amorale des Etats-Unis dans le monde, d’Américains se disant démocrates et "libérateurs" ! Quand Bush s’est récemment adressé à l’ONU, il a négligé les pays les plus pauvres et s’est adressé seulement aux cinq pays ayant le droit de veto. En tant que personne originaire du tiers-monde et d’Irak en particulier, je savais que notre honneur avait déjà été bafoué mille fois par les Etats-Unis. Cette fois c’était le tour des européens et des autres grandes puissances mondiales d’être humiliées également. D’une manière ou d’une autre,  cette fois, les Européens ont bien compris la leçon et la règle du jeu imposées par Bush. Ils ne veulent pas aller en guerre comme en 1991 sans la garantie d’avoir leur part de butin.

A suivre…

 

* Poème extrait du recueil Ce qu’il reste de lumière de Salah AL HAMDANI, Ed. L’Harmattan, 1999 Paris.

 

(3) Article écrit le mercredi 23 octobre 2002

 

Invité de la semaine du journal l’Humanité

 

Salah Al Hamdani

Poète et homme de théâtre d’origine irakienne,

opposant à la dictature de Saddam Hussein

 

 

Saddam était d’abord un assassin avant d’être président puis dictateur… Voici ce qu’il a dit à propos des Etats-Unis : « Avant que l’ennemi ne m’atteigne, il marchera sur le corps de 22 millions d’irakiens martyrs ! » En effet, s’il ne s’enfuie pas dès le premier missile qui atteindra l’Irak, Saddam Hussein et son armée ne défendront pas le pays face à l’attaque américaine, mais avec la garde républicaine, ils entreprendront de mater les soulèvements populaires en bombardant le peuple, comme lors des évènements de 1991 (soulèvement de plusieurs villes en Irak). Dans le même genre, Kadhafi avait déclaré : « Lorsqu’ils arriveront (l’ennemi étranger), je leur livrerai la Libye en poussière. »

Un irakien comme moi face au cynisme de tels dirigeants a l’impression d’avoir un rasoir dans la gorge qu’il ne peut ni enlever ni avaler. Je veux que le peuple irakien enterre définitivement la dictature de Saddam Hussein. Mais dans le même temps, je ne désire pas cette guerre qui, je le sais, n’est pas dirigée uniquement contre Saddam, mais également contre les intérêts à court et à long terme de la population irakienne. Je ne peux faire confiance aux Etats-Unis en raison de leur histoire guerrière et injuste envers les peuples les plus faibles, comme les Palestiniens et les Afghans pour ne citer que des exemples récents.

Après l’attentat du 11 septembre 2001, l’Etat américain a réalisé que le danger ne viendra pas de Saddam Hussein, Arafat, Kadhafi ou de l’Iran chiite, mais de leurs alliés du Golfe comme Ben Laden, d’une famille de milliardaires saoudiens vendeurs de pétrole. Il a compris également qu’il faut libérer le peuple irakien, c’est-à-dire le dominer après l’avoir livré pendant trente ans à un dictateur sanguinaire, avoir favorisé deux guerres avec à la clé plus d’un million de morts, puis l’avoir affamé avec treize ans d’embargo économique. Le fruit est mûr. La population irakienne dans ces conditions embrassera la main de n’importe quel état mettant fin à son calvaire avec Saddam Hussein. Donc l’Amérique sera probablement accueillie en libérateur par le peuple irakien. Quelques années plus tard, l’Irak sera de nouveau en mesure de faire son entrée sur la scène internationale grâce aux Etats-Unis. Les prochains dirigeants de l’Irak ne défendront plus la cause arabe car ils n’ont pas été soutenus par le monde arabe face aux atrocités de Saddam Hussein. Ils seront les chiens de garde de l’Etat américain dans la région du Golfe et donc un nouvel ami pour Israël. On peut imaginer par la suite une fusion entre le Koweït sous domination américaine et l’Irak "libéré", constituant un Etat laïc possédant la deuxième source mondiale de pétrole. En conséquence cela réduirait l’influence de l’Arabie Saoudite dans le monde musulman, premier producteur de pétrole mais également premier « producteur de mosquées et d’imams » dans le monde (Ben Laden rêve aussi de devenir un guide du monde arabo-musulman). Mais en contrepartie, cet Etat laïc irakien sera gouverné probablement par des groupes ethniques et non des partis politiques et sera facilement manipulé par les Etats-Unis. Ainsi après s’être approprié le pétrole du Koweït puis de l’Irak, c’est celui de l’Arabie Saoudite que les Etats-Unis convoiteront. L’Etat américain espère devenir ainsi l’unique maître du pétrole au monde et éliminer pour quelques décennies l’influence de la France et des autres grandes puissances sur cette région gorgée d’or noir... A suivre…

 

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 (5) Article écrit le vendredi 25 octobre 2002

 

Invité de la semaine du journal l’Humanité

 

Salah Al Hamdani

Poète et homme de théâtre

d’origine irakienne, opposant à la dictature de Saddam Hussein

 

La résolution de l’ONU 688 comme alternative à la guerre contre l’Irak

pour en finir avec le dictateur de Bagdad

 

En France, que connaît-on des irakiens ? C’est encore et toujours des amis de Saddam dont on entend parler : Gilles Munier président de l’association «Amitiés franco-irakiennes», ancien membre d’une organisation d’extrême droite, qui prépare une traduction en français d’un roman de Saddam Hussein ! J. P. Chevènement, qui dans son livre «Le vert et le noir, intégrisme, pétrole, dollar», nous dresse un portrait positif de Saddam Hussein. Il y a aussi l’association « SOS Enfants d’Irak » de Jany Le Pen, la femme de Jean-Marie, qui a fait placarder dans les rues de Paris il y a juste quelques mois le portrait de Saddam souriant, en ami de la France. Citons aussi Subhi Toma, d’origine irakienne, et ses bus et avions d’aide humanitaire pour l’Irak « contre l’embargo ». On le trouve présent sur le carnet d’adresse de quelques députés y compris communistes peu avertis sans doute de ses bonnes relations avec le régime de Bagdad. Quant à Shakir Beder Al Saadi, il favorise la propagande pour Saddam Hussein dans l’association «les Irakiens en France» qui tient des congrès annuels à Bagdad. Les Irakiens exilés en France victimes de cette dictature connaissent bien les noms de la liste noire des soutiens à Saddam.

Pour l’Irak, qui sont les personnes que Bush voudrait installer à la place de Saddam Hussein ? A quelques exceptions près, ils sont les fruits pourris des institutions de la dictature du Saddam : Nizar al-Khazraji actuellement au Danemark, était chef d’Etat-major de l’armée de Saddam pendant l’invasion du Koweït et a été accusé d’avoir participé au bombardement à l’arme chimique du village kurde de Halabja faisant cinq mille morts. S’y ajoutent ensuite une dizaine de militaires vivant en Grande-Bretagne qui ont fuit l’Irak parce que Saddam n’avait pas voulu partager avec eux les privilèges et l’influence que leur haute position militaire ne manquait pas de leur faire espérer. On peut citer encore Ahmed Chalabi, un bourgeois poursuivi pour une affaire de corruption, actuellement leader du Congrès National Irakien, Chérif Ali, cousin du roi Fayçal II, exilé depuis 1958, Muhammad Baker Al-Hakim, chef Chiite pro-iranien, ainsi que Barazani et Talabani des deux partis du Kurdistan, le PDK et l’UPK.

Il se pourrait encore que les Etats-Unis aient un homme à placer au pouvoir en Irak se trouvant encore dans l’entourage de Saddam Hussein...

En France, des communistes et d’autres démocrates irakiens, dont nombre d’artistes et d’intellectuels sont, bien au contraire, opposés à une guerre contre l’Irak dont l’unique but est l’accroissement du pouvoir des Etats-Unis et de ses alliés sur le Monde arabe et sur la maîtrise du pétrole du Moyen-Orient. En humanistes, ils ne souhaitent pas la destruction de leur propre peuple comme sacrifice à l’élimination de Saddam Hussein.

Comme alternative à la guerre contre l’Irak, je pense que la France, l’Allemagne et les grandes puissances devraient : 1) Obtenir de l’ONU la levée de l’embargo économique sur le peuple irakien (quel peuple peut se révolter lorsqu’il est affamé ?) ; 2) Forcer Saddam Hussein à se plier à la résolution n°688 de l’ONU déjà existante concernant le respect des droits de l’homme en Irak ; 3) Exiger des élections libres en Irak sous la surveillance de l’ONU et soutenir les forces d’opposition démocratiques et patriotiques irakiennes. Pour faire pression sur Saddam Hussein, il faudrait suspendre toute relation politique avec son régime, bloquer sa fortune en Europe, et dénoncer jusqu’à la condamnation, tout représentant d’une propagande qui serve cette dictature sanglante.

 

 

(2)  Article écrit le mardi 22 octobre 2002

 

Invité de la semaine du journal l’Humanité

 

Salah Al Hamdani

Poète et homme de théâtre

d’origine irakienne, opposant à la dictature de Saddam Hussein

Le deuil rouge *

 

Au sommet de ma cellule

Je creuse un trou

Et s’évade la lumière ailée d’espoir

De ma nostalgie tuberculeuse.

Alors le chagrin s’y précipite

Et enveloppe les rides.

 

Je sais,

Ma pensée n’a plus le sens profond qui apaise l’esprit.

Et même les battements de mon cœur

Ne laissent plus d’ombre sur le reflet de l’aurore

Car cette lumière en deuil

Crie en moi à tous les crépuscules

Jusqu’à la fin du jour.

 

Je suis comme ce livre abandonné depuis l’enfance,

Aujourd’hui moisi sur l’étagère de l’âge adulte.

Rien, pas même une lucarne dans le mur

Ne me permet d’y échapper.

Sans cesse je comble ma gorge

D’un frémissement de mots

De restes, de ténèbres nocturnes.

Sans cesse j’emplis ma gorge de lumière matinale

Et sèche mon âge sur les barbelés de cette ville.(…)

 

On pourrait dire que les palmiers sont venus à moi

Frappent aux portes de mon absence

Et qu’ils somnolent à présent

Sur le seuil de Bagdad l’ancienne.

 

Que s’est-il passé, mon Irak ?

Tes tombes ont la forme d’ailes bossues

Poussées par le vent des cadavres

Qui cognent à ma fenêtre chaque nuit

Et laissent des tatouages de sang

Sur les yeux de mon passé.

Voilà ma main allongée qui bat. Elle est inondée d’histoire.(…)

Si je regarde à nouveau,

Mon être n’est déjà plus qu’une poitrine

Pour des nouveau-nés de là-bas

Qui ne cessent de crier.

Et là-bas les morts tombent

Par oubli des larmes d’un dieu.

 

Mes amis, il faut se méfier des paroles qui accompagnent les avions de guerre. Il n’y aura que désolation et gémissements de la population irakienne lorsque Bagdad sera détruit. Je désire ce matin renouveler ma foi en l’homme, même le plus soumis, l’homme qu’on a effacé de la mémoire collective, celui dont la pensée ne jaillira plus, l’homme sans destin, celui qu’on utilise comme une branche d’olivier sec pour fouetter ses semblables et qui contribue ainsi au ruissellement du sang des autres.

Les artistes, les écrivains et les poètes en particulier ne devraient pas seulement nous donner des illustrations de ce que l’histoire nous fait subir. Leur responsabilité est grande car une société sans penseurs ni créateurs, sans hommes de lettres libres d’expression, est une société sans éthique, sans valeurs humaines, une société sans véritable identité. Toutes les sociétés technocratiques se ressemblent. C’est ce que Saddam a fait de la société irakienne en assassinant ou poussant à l’exil les intellectuels et artistes irakiens. Saddam est immensément riche alors que la population irakienne est réduite à la famine et à une mortalité croissante. Pendant ce temps, en France, certains sont grassement payé par Saddam pour redorer son image et parviennent à instrumentaliser les partis de gauche et d’extrême gauche. Il faudrait être contre l’impérialisme américain et l’embargo mais surtout ne pas parler de Saddam. C’est ce qui ressort des opinions exprimées dans la manifestation contre la guerre en Irak du 12 octobre dernier. Ce n’est pas non plus dans le majestueux institut du monde arabe surplombant la Seine que les artistes opposants à Saddam peuvent trouver un lieu d’accueil et d’expression. L’Etat français qui a armé Saddam pendant la guerre avec l’Iran, en a financé la majeure partie de la construction à l’époque de François Miterrand. Tarek Aziz, Premier ministre irakien et donc complice des crimes de Saddam, y fut accueilli lors de sa visite en France en 2000. Il n’y avait ce jour là qu’une poignée de communistes ou démocrates irakiens en exil pour manifester leur indignation.

Que dit l’homme arabe que l’on rencontre dans la rue au sujet de Saddam Hussein ? Il l’admire au nom d’un islam que Saddam n’a jamais respecté. Il l’admire pour son arrogance face à l’état d’Israël, sans penser que la cause palestinienne ne doit pas faire oublier qu’une vie est une vie.

Mon éthique me rappelle qu’on ne doit pas choisir entre les cadavres. Celui d’un palestinien vaut celui d’un irakien ou de toute autre personne innocente.

Ainsi sommes-nous tous concernés par le destin d’un peuple soumis à la barbarie d’un président. En acceptant le silence au sujet de Saddam, nous participerons activement, que nous le voulions ou non, au maintien de cette barbarie et nos mains seront symboliquement tachées de sang... A suivre…

 

* Poème extrait du recueil L’arrogance des jours de Salah AL HAMDANI, traduit de l’arabe par l’auteur et Isabelle LAGNY. Ed. L’Harmattan, 1997 Paris.

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(4) Article écrit le jeudi 24 octobre 2002

 

Invité de la semaine du journal l’Humanité

 

Salah Al Hamdani

Poète et homme de théâtre

d’origine irakienne, opposant à la dictature de Saddam Hussein

 

 

Il ne faut pas être kurde au Moyen-Orient

La «grande victoire» militaire obtenue par la coalition internationale contre l’Irak en 1991 sous la direction américaine s’est transformée en défaite morale : Une grande partie de ce pays a été détruite, les plus vulnérables de sa population ont été sciemment affamés par un embargo inhumain qui dure depuis 1990, tandis que Saddam Hussein, grâce à cette même coalition internationale a pu reconstituer ses forces de répression pour mater les révoltes de son propre peuple.

Dans les différents scénarios fiction entendus ici et là sur l’avenir de l’Irak, le grand oublié du Moyen-Orient est le peuple kurde. Car la lutte légitime de ce peuple pour un Etat kurde n’a malheureusement jamais été prise au sérieux ni par les Etats-Unis, ni par les autres grandes puissances mondiales. Il suffit pourtant de regarder la carte de cette partie du monde où vivent depuis des siècles quelque 30 à 35 millions d’âmes kurdes revendiquant leur droit à être reconnues. Or la tragédie kurde continue depuis presque un siècle. On oublie souvent qu’ils ont été arbitrairement dispersés entre des Etats récemment créés par les vainqueurs de la première guerre mondiale : Turquie, Irak, Syrie et Iran. Depuis, ils sont devenus des Turcs de montagne, des «frères» Arabes ou des musulmans d’Iran. Dans le meilleur des cas, ils ont arraché par leurs révoltes successives le statut de «minorité». Drôle de terme classificatoire pour une population de plusieurs dizaines de millions d’êtres humains.

            Malgré cette donnée tragique, les 4 millions de kurdes d’Irak échappent depuis 11 ans au contrôle du dictateur de Bagdad et vivent de facto une indépendance politique non reconnue internationalement qui inquiète la Turquie, l’Iran et la Syrie, des retombées sur leur propre population kurde privée jusqu’à ce jour de ses droits politiques et culturels les plus élémentaires. Dans le même temps l’assimilation forcée, la répression, les massacres des civils, les destructions de milliers de villages et de cultures n’ont jamais cessé en Irak, en Iran, en Syrie et en Turquie. Ainsi l’armée turque appuyée par les militaires israéliens et américains, procédait, il y a peu de temps encore, à des bombardements contre sa population kurde (même au Nord de l’Irak) sous prétexte de combattre les militants du PKK. Plus encore, on a vu Ankara multiplier les procès contre les écrivains, députés, militants pacifistes ou défenseurs des droits de l’homme osant prendre position en faveur de la cause des Kurdes. Même le grand romancier turc d’origine kurde, Yachar Kemal, a pris le chemin de l’exil vers le Nord de la planète !

La situation actuelle au Moyen-Orient montre jour après jour qu’une guerre gagnée militairement ne signifie pas une avancée politique et juridique et que le « nouvel ordre mondial » n’était en définitive qu’un replâtrage de l’ancien avec une dose un peu plus grande de cynisme ![1]

 

Un dernier mot : 4 millions de Kurdes irakiens n’ont pas voté pour Saddam Hussein ainsi que 5 millions d’exilés dans le monde ! Apparemment le dictateur de Bagdad ne sait plus compter ! Pour avoir 100% de vote en sa faveur, Saddam n’a pas tenu compte de 9 millions d’irakiens (sur 22 millions) qui veulent sa peau ou son départ, sans oublier que le reste des irakiens a voté sous les multiples menaces d’un régime tyrannique. Par ailleurs comment pourrait-on croire à sa manœuvre médiatique de libération des prisonniers politiques alors que lors des opérations quotidiennes de « nettoyage » des prisons politiques, des milliers de victimes innocentes sont abattues arbitrairement sur ses ordres. La liste de ces victimes existe, elle peut être publiée.

 

[1] D’après des informations réunies avec la collaboration d’Hosham DAWOD, anthropologue irakien d’origine kurde.

Le destin ressemble à ces nuits entières

oubliées dans l’encrier... Salah Al Hamdani

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