Préface

par Jacques Fournier

 

« Qu’est-ce que l’exil ? »

Au fil des poèmes ramassés sur la feuille comme corps en boule dans le coin le plus sombre d’une cellule, le poète tente en vain de répondre à la question qu’il aurait aimé n’avoir pas, n’avoir plus à se poser. À cette trop courte mais trop vaste question, moi, lecteur engoncé dans mon confort matérialiste d’occidental bien-pensant, je suis incapable de répondre, parce que je ne sais rien, et voudrais au vrai ne rien savoir de ce que vivent (si tant est que cela s’appelle vivre) celles et ceux qui, « gibier(s) qui cherche(nt) le salut » deviennent migrants qui « se penchent au bord du rien » parce que « les vivants sont morts / et que les morts sont des martyrs ».

En fuyant son « pays où le poème reste un projet de complot », Salah Al Hamdani savait-il qu’il portait dans son maigre bagage les mots, lourd fardeau, pourtant capables de dire l’indicible ?

Et si l’exil « irrigue l’écriture », il « déchire » aussi « l’identité » que le poème, dans son inévitable inaboutissement, recolle autant que faire se peut.

Et si le poème ne sait pas dire, il est pourtant là, maintenant, offert à vous. Et je suis heureux et fier d’être celui qui a provoqué cela.

Pardonne-moi mon ami.

Jacques Fournier

Jacques Fournier, poète

Le destin ressemble à ces nuits entières

oubliées dans l’encrier... Salah Al Hamdani

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