Marianne Auricoste, poète

Ce qu’il reste de lumière

quatrième couverture par Marianne Auricoste

 

“Au-dessus de ma table, cette nuit

il y avait un désert

mais à l’aurore

a jailli le cri de la lampe.” Salah Al Hamdani

 

comment douter que ces paroles ne soient celles d’un authentique poète. Elles sont tout à la fois le cri et la lampe qui éclaire ce cri et lui donne sa force poignante, sa douleur et son chant. La poésie de Salah Al Hamdani est traversée de ces fulgurances qui bousculent et décapent le désespoir. La douleur qui parcourt ce recueil, douleur de l’exil, douleur du deuil, chute d’un amour, est comme une lampe que le poète garde allumée pour traverser l’âpreté des jours ─ acte de vie, acte d’amour taillé dans le silex, acte fertile. Ses mots posés sur la page comme une lave creusent dans le noir des sources de lumière. Il y a derrière ce champ de la douleur, un homme qui marche dans sa nuit avec l’opiniâtreté de ceux qui ne renoncent pas. ─ “Je serai sûrement celui qui mord le bord des jours et fait souffrir le temps.” ─

 

c’est au cœur de la détresse que le poète livre son combat avec Ce qu’il reste de lumière. Combat pour lui-même, mais aussi pour tous ceux-là, ses frères, condamnés à l’errance, au silence et à l’obscurité. Nommer la colère, designer la révolte, ─  “chanter la mer dans un encrier” et comme un forgeron, cogner sur l’enclume pour faire jaillir la braise des mots. Extirper le mal et graver sa mémoire dans l’épaisseur des jours contre l’oubli et la nostalgie, telle est la “folie” du poète :  

“je veux entendre mon hennissement vers Bagdad

quand la lune sent bon dans le regard de mes enfants.

Ainsi vont ma raison d’être, ma folie et mes plaies.”

    

La poésie de Salah Al Hamdani est habitée par un souffle, celui du désert. Elle nous rejoint, nous parle fort. Elle nous oblige à regarder les yeux ouverts, à ne rien céder aux “fossoyeurs” de la lumière. Elle est un cri, tendu vers l’autre, une fraternité aussi.

 

Marianne AURICOSTE

Le destin ressemble à ces nuits entières

oubliées dans l’encrier... Salah Al Hamdani

ــ موقع الشاعر صلاح الحمداني ــ